réforme du travail : le retour à l’esclavage

L’aurait-on cru possible de nos jours ? Pouvait-on s’y attendre de la part d’un gouvernement dit (et supposé) «de gauche» ? Fini le progrès, finies les idées sociales. La réforme du travail envisagée depuis près de 5 ans par le MEDEF, et qui a provoqué d’abord une «ré-écriture» du Code du Travail ces dernières années, se confirme depuis quelques mois. Portée par les détestables Macron et El Khomri, censés être des gens de gauche et qui commettent une véritable forfaiture. C’est le strict retour de l’esclavage, sous des oripeaux habilement disposés, mais l’esclavage quand même.

Jugez-en.

Un employeur décide de votre temps et de votre charge de travail, de son organisation, des dates de congés, de l’attribution d’autorisation d’absences. Il est toujours libre de vous imposer d’effectuer des heures supplémentaires. Peu importe votre organisation personnelle, votre vie sociale ou familiale. Aujourd’hui, au mépris de ces contraintes de la vie privée et même de la physiologie humaine, on veut vous imposer :

- une durée maximale portée à 12 heures de travail dans une journée (au lieu de 10, ce qui est déjà beaucoup). Pensez à l’impact sur vos journées et à l’usure physique que va engendrer l’usage de telles durées de travail.

- une durée maximale hebdomadaire portée à 46 heures sur 16 semaines consécutives (au lieu de 44 heures sur 12 semaines auparavant). Essayez d’imaginer le désordre familial et le niveau de fatigue atteint, à faire 11 heures supplémentaires pendant de 4 mois d’affilée. Certaines branches professionnelles voudraient porter ce maximum à…. 60 heures !

- une modification par «accord d’entreprise» des taux de majoration des heures supplémentaires, par rapport à ceux pourtant fixés par une convention collective. Après les dispositions indiquées ci-avant, on comprend bien la démarche générale. Très clairement, ce qui est souhaité est de pouvoir appliquer 10% là où une convention prévoit 25%. si nécessaire en exerçant suffisamment de pression sur les salariés pour obtenir leur accord. Le chantage à l’emploi va donc se substituer à la négociation salariale et syndicale. Et la fraude par dissimulation d’heures va être encore plus indétectable, noyée sous la masse de ces nouvelles heures légalisées.

- de faire «sauter» purement et simplement l’accord de l’inspection du travail pour augmenter librement le temps de travail des apprentis. Pouvoir disposer d’un jeune à sa guise, à un taux horaire faible, voilà un projet «sain et rentable» pour un employeur peu scrupuleux.

- de répartir l’organisation du travail supérieur à une semaine sur 3 ans (au lieu d’un an actuellement). Je vous laisse imaginer, là aussi, les désordres complets qui vont s’imposer au salarié sur tous les aspects de sa vie privée.

- une révision de la définition du licenciement économique. Cousue de fil blanc, cette révision est destinée à en faciliter l’usage par les employeurs soucieux de leur taux de rentabilité, et peu soucieux de reclassement. Elle  va donc servir des intérêts néfastes à la société. Le chômage comme outil de rentabilité…

- de plafonner les indemnités allouées par la justice (Prud’hommes, Appel, Cassation) en cas de licenciement abusif. C’est la liberté de la justice qui est en jeu contre les intérêts financiers des employeurs fautifs. En somme, les employeurs tiennent à ce que leur responsabilité quant aux conséquences de leurs actes illicites soient soigneusement minorée. Là, c’est carrément le gangster qui dicte au juge les limites à ne pas dépasser….

- des modifications sur les régimes des congés exceptionnels, des astreintes, les conventions de forfait, le fractionnement des congés payés. Bien entendu, dans un sens défavorable aux salariés.

 

Tout cela concoure d’abord à détruite l’égalité de tous devant les règles du Droit du Travail pour multiplier les disparités, pour ensuite transformer le Code du Travail en Code de protection des entreprises. Ce qui est une inversion totale de son rôle.

C’est la raison pour laquelle je parle de forfaiture. En fait, l’employeur va devenir l’agent économique prioritaire, sans audit indépendant, sur des arguments fallacieux, au détriment du salarié, lequel ne pourra plus compter sur des conditions de travail stables et prévisibles. Sans tenir compte des méfaits causés sur sa vie privée et sa santé physique ou psychologique. Et c’est la société toute entière qui va en payer le prix fort.

 


Un commentaire

  1. Corinne dit :

    re,

    Je voulais intervenir pour vous dire que ces changements vont surtout se passer dans les petites sociétés. A mon travail (grand groupe), tout est tellement structuré que seules les modifications de temps de travail maximum pourraient évoluer. Les calculs de temps de travail sont déjà lissés sur 1 à 3 ans selon les services et les fonctions. Je ne peux pas dire que nous sommes mal payés, les niveaux de salaire dépendant aussi de nos notations lors des évaluations, et pour moi ça va. Pour le reste, je pense que nous avons beaucoup d’avantages que les petites sociétés n’ont pas. Je réalise que ça ne doit pas être rose tous les jours pour eux.

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